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Le 30 janvier, le gouvernement a annoncé une restructuration de Santé publique France (SPF). Plusieurs missions seraient transférées au ministère de la Santé et à la Caisse nationale de l'Assurance maladie (CNAM). Parmi elles : la réalisation des campagnes de communication en santé publique, qui reviendrait à la direction générale de la Santé (DGS) dans une volonté affichée d'offrir […]
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Le 30 janvier, le gouvernement a annoncé une restructuration de Santé publique France (SPF). Plusieurs missions seraient transférées au ministère de la Santé et à la Caisse nationale de l'Assurance maladie (CNAM). Parmi elles : la réalisation des campagnes de communication en santé publique, qui reviendrait à la direction générale de la Santé (DGS) dans une volonté affichée d'offrir des messages plus clairs aux citoyen‐nes en limitant le nombre de porteurs de campagnes. La gestion de la réserve sanitaire et des stocks stratégiques de médicaments (permettant de faire face aux risques biologiques, chimiques, radionucléaires ou épidémiques) serait également concernée. Pour la ministre de la santé Stéphanie Rist, la mesure permettrait de raccourcir la chaîne de commandement, d'unifier les dispositifs existants et de renforcer la capacité de décision, en particulier en période de crise. Si les salarié‐es de SPF ont été informé‐es dès le lendemain, les modalités concrètes et le calendrier de cette réforme restent, eux, inconnus. Santé publique France est née en 2016 de la fusion de quatre structures : l'Institut de veille sanitaire, l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé, l'Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires, et Addictions Drogues Alcool Info Service. Elle s'est dotée d'une ambition que la France ne s'était pas encore donnée : regrouper en un seul établissement les missions de prévention, de promotion de la santé, de surveillance épidémiologique et d'intervention, sur le modèle d'agences équivalentes aux États‐Unis ou au Royaume‐Uni. Concrètement, son rôle est d’observer et surveiller l'état de santé de la population pour orienter les politiques publiques, identifier le plus tôt possible les risques sanitaires émergents, lutter contre les inégalités de santé en déployant des stratégies de prévention adaptées aux différents territoires et populations. Autrement dit, SPF n'est pas un opérateur de communication mais une agence d'expertise en santé publique. Le 15 février, plus de 300 acteurs de santé publique ont cosigné une tribune publiée dans Le Monde contre le démantèlement de l'agence. Ils y rappellent qu’« en une décennie, Santé publique France a développé des savoir‐faire reconnus en matière d’information, de prévention, d’incitation aux dépistages et de promotion de la santé. L’agence a su développer des approches dites de “marketing social en santé” qui encouragent les comportements favorables à la santé et sont fondées sur les connaissances épidémiologiques et la compréhension de comportements et des déterminants sociaux de la santé ». Par exemple, la campagne « Mois sans tabac » a contribué à réduire le nombre de fumeur‐ses de 4 millions en dix ans. La réforme de SPF menace donc la capacité institutionnelle à piloter des politiques de prévention à l’appui de données, à évaluer ce qui fonctionne, et à anticiper les crises. Sur les enjeux de vaccination, dans un contexte où la désinformation a proliféré pendant la pandémie, cette expertise n'est pas remplaçable par une ligne de communication ministérielle. Et sur les campagnes justement, le risque d'ingérence politique ne relève pas du scénario catastrophe. France info rappelait au moment de l’annonce de la réforme qu’en 2023, quelques mois avant la Coupe du monde de rugby, le ministère de la Santé a retoqué deux campagnes de prévention sur l'alcool de SPF. Transférer cette compétence directement au ministère revient donc à supprimer un tampon institutionnel qui permettait de maintenir une forme d'indépendance face à ces pressions. SPF n'est pas la seule institution dans le viseur. Une réforme des agences régionales de santé est également en cours dans le cadre d'un avant‐projet de loi portant sur la décentralisation. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a affiché sa vision d'un pilotage départementalisé de la santé de proximité. Le texte place symboliquement les futures directions dans un rapport de subordination accrue aux préfets, ouvrant la voie, selon certains préfets eux‐mêmes, à une reprise en main progressive par le représentant de l'État dans le département. Derrière les deux réformes, on retrouve la même logique : recentraliser les décisions aux mains de l'autorité politique, au détriment des agences indépendantes. Et sur le terrain, la santé publique est déjà fragilisée par les coupes budgétaires. Selon une enquête publiée par Mediapart, 12 305 emplois ont disparu en un an dans le secteur associatif, entre fin 2024 et fin 2025. Or, le monde associatif est précisément celui qui porte, concrètement, les politiques de prévention dans les quartiers, les écoles et les centres de santé. Engagées sans argumentaire clair, sans consultation des acteurs de terrain, sans rapport public et sans évaluation, ces réformes sont inquiétantes au‐delà de leur contenu immédiat. Comme l’indique l'épidémiologiste Dominique Costagliola dans Transversal : « changer complètement d’organisation implique que les acteurs doivent se réapproprier les dispositifs, recréer des liens, reconstruire des modes de fonctionnement. Cela peut prendre des années. Pendant ce temps‐là, les actions de prévention sont nécessairement fragilisées ». Même sans arrivée de l'extrême droite au pouvoir, les dégâts seront durables. Le gouvernement, qui a tenté à plusieurs reprises de restreindre l'aide médicale d'État, malgré les alertes unanimes des acteurs de santé publique, a déjà montré de quoi il est capable quand un agenda idéologique entre en conflit avec les faits scientifiques. Et par leur opacité, ces réformes risquent d'aggraver la défiance déjà très réelle d'une partie de la population envers les institutions de santé publique. Les exemples de l’autre côté de l’Atlantique nous rappellent que la santé publique fait partie des cibles de l’extrême droite. Dès son retour au pouvoir, Donald Trump a ainsi supprimé près d’un quart des effectifs des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (Centers for Disease Control and Prevention, ou CDC). En 2025, 48 foyers de rougeole ont été signalés aux Etats‐Unis, et 90 % des cas confirmés étaient liés à ces foyers, contre 16 foyers signalés en 2024.
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