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Aux municipales nantaises de mars 2026, un sondage Odoxa commandé par le candidat LR Foulques Chombart de Lauwe le donnait à 34% face à 35% pour la maire sortante Johanna Rolland. Un résultat **à contre‐courant des autres instituts**. Le politiste Arnauld Leclerc y voyait une **tactique** : « L'institut va choisir la fourchette haute pour créer l'effet de rapprochement et faire le buzz ». Résultat réel : 35,2% contre 33,8%. Le sondage décrié était le plus proche de la vérité. Alors, **peut‐on faire confiance aux instituts de sondage ?**
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La réponse est loin d'être évidente. Un sondage n'est jamais un simple reflet de la réalité : c'est une **somme de choix théoriques et statistiques** (échantillon, méthode, formulation des questions). L'arrivée de Cluster17 en 2021 a rendu ces débats visibles. Face à la méthode des quotas des instituts historiques, Cluster17 segmente l'électorat en 16 familles politiques.
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En 2022, la Commission des sondages a pointé des **manques méthodologiques** chez Cluster17. Pourtant, l'institut a été classé deuxième meilleur institut de la présidentielle 2022 par Datapolitics, et c'est lui qui a le mieux prédit l'élection d'Emmanuel Grégoire à Paris en 2026.
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En 1973, Pierre Bourdieu tenait une conférence restée célèbre : **« L'opinion publique n'existe pas »**. Un sondage suppose que chacun‑e a un avis sur tout, que tous les avis se valent, et que les questions posées sont légitimes. Ce qui est loin d'être toujours vrai. Avant de produire un chiffre, **un sondage définit ce qui mérite d'être discuté**.
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Le politiste Philippe Aldrin le confirme : en 1965, 12 sondages sont publiés pendant la présidentielle. En 2012, **409**. À cela s'ajoutent les études privées des partis et des pouvoirs publics. Entre 2006 et 2010, le gouvernement en commande 458, soit un tous les trois jours. **Aujourd'hui, la facture dépasse un million d'euros par an**.
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Sous Nicolas Sarkozy, 3,3 millions d'euros sont dépensés en études d'opinion en 2008 seulement, la moitié débouchant sur l'affaire des « **sondages de l'Élysée** ». Depuis, selon la politiste Céline Belot, les enquêtes ne mesurent plus seulement la popularité :** elles guident les réformes, les campagnes, les décisions publiques.**
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Les grands instituts (IFOP, Ipsos, Harris) vivent d'abord d'études marketing. Le politique n'est qu'une faible part de leur activité. **Les électeur‐rices y sont traité‐es comme des consommateur‐rices.** D'où cette question : pourquoi certains sujets sont‐ils sondés sans relâche, et d'autres jamais ?
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Les sondages en rolling **scrutent chaque semaine les candidats, jamais les idées**. Rarement interroge‐t‐on la confiance dans les institutions locales, ou l'envie de participer aux décisions publiques. Les sondages sculptent l'opinion et **décident de ce qui mérite l'attention médiatique**.
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Cette pratique **nourrit le classement des candidatures et le fameux vote utile**. Utile, sans doute au « barrage républicain ». Mais délétère pour les petits partis, invisibilisés aux yeux du public. Les angles morts des sondages rejoignent ceux du débat public : de plus en plus **perméables aux idées réactionnaires**, de moins en moins aux idées révolutionnaires et aux sujets touchant les populations marginalisées.
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